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Pacôme Thiellement et nos citations de bistrot: “Après les années 70, le rock est devenu Tout”
Paru en 2015

Contexte de parution : Dum Dum (dumdum.fr)

Présentation :

Nous, nous sommes dans ce chouette bar du XIème arrondissement de Paris. On recommande une bière. Puis une autre. Et on laisse, soir après soir, nos oreilles baladeuses recueillir quelques pensées, ici et là. Des commentaires de bistrot, des raccourcis, des approximations, mais des opinions tranchées. En quelques mots, nos voisins lâchent des vérités. Parfois fausses, en tout cas, à cette heure-ci, peu développées. On en a sélectionné quelques unes. Les voici, livrées tel quel à Pacôme Thiellement.

"De toute façon, après les années 70, le rock, c'est devenu chiant"

Pacôme Thiellement: “Après les années 70, le rock est devenu Tout. C’est normal, les enfants qui en écoutaient sont devenus des adultes et ils en ont foutu partout comme de la crème chantilly : dans les pubs, les jeux, les reportages télévisées. Il a fallu attendre les Melvins, Pixies, Nirvana pour que le rock redevienne une chose spécifique, séparée du reste de la variété internationale. Mais entre temps beaucoup d’autres choses s’étaient également passées – des Sun City Girls à Eyvind Kang et Jessika Kenney, en passant par Secret Chiefs 3 – qui marquèrent le basculement du rock dans une musique extraordinaire qui n’a pas encore de nom et n’en aura peut-être jamais mais qui domine spirituellement, affectivement et intellectuellement toutes les autres aujourd’hui”.

"Le rap, c'est une musique de sauvage"

Pacôme Thiellement: “Le Rap a beaucoup de chance : la volonté de ne rien entendre des petits blancs lui donne encore un statut à part. On peut encore discuter avec des jeunes gens cultivés et biens sous tous rapports, et les entendre soudain dire, avec un aplomb formidable et sans être capable de distinguer Public Enemy du Wu-Tang Clan ou Kool Keith de Snoop Dogg, que le Rap n’est « pas vraiment de la musique ». C’est peut-être lié à la levée, par le Rap, d’un interdit connu en Occident depuis le XVIème siècle (en gros) : le retour de la musique modale, sur un accord, en lieu et place de la musique tonale. Il y avait eu des exceptions, parmi lesquels les solos de Frank Zappa, presque toujours sur un seul accord, mais là aussi, rappelez-vous, on disait que « ce n’était pas de la musique »”.

"Le fan a toujours raison"

Pacôme Thiellement: “Il n’a pas plus tort que le musicien. En fait, tous les deux sont des suppôts ; c’est la musique qui dirige la partie et nous sommes « dedans » ou « dehors ». Je n’aime pas qu’on dise du mal des fans, mais je n’aime pas non plus que le fan dise du mal des musiciens. Je n’aime que la musique !”.

"Lennon était le rockeur, et Macca le popeux"

Pacôme Thiellement: “Lennon était McCartney et McCartney était Lennon. Comme dans toute histoire d’amour et toute collaboration artistique (c’est la même chose), l’un était la moitié de l’autre et réciproquement. Et si on doit finasser, on dira que Lennon est un rocker yin (vulnérable, cf. « Yer Blues » ou « I Want You ») et un popeux yang (affirmatif, cf. « I Am The Walrus » ou « Tomorrow Never Knows »), et McCartney un popeux yin (réceptif, cf. « Here, There and Everywhere » ; « For No One ») et un rocker yang (agressif, cf. « Helter Skelter » ; « Oh Darling »)”.

"Les Stones devraient vraiment raccrocher"

Pacôme Thiellement: “C’est dans le destin des Stones de ne jamais s’arrêter, comme c’était le destin des Beatles d’être une comète, une étoile, « en bleu adorable ». Je ne possède pas de disques des Stones postérieur à « Some Girls », mais ça ne me dérange pas de savoir que ces deux macaques ridés de Jagger et Richards continuent à faire sempiternellement les mêmes pas de danse, les mêmes gestes, et s’engueulent probablement toujours de la même manière quand ils se voient. Ils persévèrent dans leur être, même si cet être est en morceaux. Ils démontrent que le succès est une prison, et que la star est encore plus dépendante de son public que le public est dépendant de sa star. Ils sont une allégorie vivante de la soumission à une forme désormais fixée à jamais et il y a une beauté à voir incarner éternellement cette allégorie. Les Rolling Stones sont là pour que nous ne leur ressemblions jamais”.

"La pop anglaise est devenue ennuyeuse"

Pacôme Thiellement: “Il faut aimer la pluie, le thé, le chromatisme descendant, les scones et la marmelade d’orange, mais quand on aime la pluie, le thé, le chromatisme descendant, les scones et la marmelade d’orange, la pop anglaise est formidable. Le punk aussi est ennuyeux si on n’aime pas la bière, les morceaux à trois accords avec guitare, basse, batterie et le chanteur qui crache sur son public. Si on aime, par contre, c’est totalement magique. En fait, tout est ennuyeux si on ne sait pas quoi écouter ou pourquoi on l’écoute. Ca ne sert à rien de hiérarchiser les genres”.

"La folk c'est pour les bobos"

Pacôme Thiellement: “Ce qui peut agacer dans la folk d’aujourd’hui, c’est son côté respectable. Ce sont des histoires d’adultes ou de jeunes adultes, avec souvent un côté sentimental, un côté « roman d’apprentissage » ou « description d’un paysage ». On pense à la question du classicisme dans la littérature – en ce sens, la folk semble un pas en arrière par rapport aux audaces de la musique pop. Mais ça ne concerne pas la folk « originelle », pré-rock, qui, elle, comme le blues, est un pur réservoir de poésie traditionnelle, aussi riche et profuse que les contes et légendes anonymes. J’aime énormément la vieille folk, celle recueillie dans les collections de l’éthno-musicologue Alan Lomax. Je n’écoute pas beaucoup de folk « moderne », mais j’ai été bouleversé par l’œuvre mystique de Judee Sill, les épopées de Neil Young, les romans-poèmes « modernistes » ou « cubistes » de Joni Mitchell, et évidemment le corpus hermétique de Bob Dylan, apocalyptique et gnostique, dont on aura jamais fini d’interroger les énigmes prophétiques”.

"Les hipsters ont pris le pouvoir"

Pacôme Thiellement: “C’est vrai, mais le pouvoir est une illusion. Ils s’en rendront compte trop tard ; en attendant, nous, on travaille !”

"Les Strokes c'est juste des gosses de riches"

Pacôme Thiellement: “Là c’est la colle parce que je n’ai jamais écouté les Strokes. Je suis un vieux con !”