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Pour Pascal
Paru en 2025

Contexte de parution : Rien ne se perd

Présentation :

Texte en hommage à Pascal Blondeaux publié dans un Rien ne se perd inédit et posthume en 2025. 






 

 

 

 

 

J’ai dû rencontrer Pascal Blondeaux dans une autre vie parce que, dès nos premiers échanges, j’avais l’impression de reprendre une conversation que nous aurions eue il y a fort longtemps. Officiellement, c’était en été 2008. Je l’ai rencontré par téléphone d’abord, alors que j’écrivais les notes en fin de volume des Colonnes de Gébé pour L’Association. Lui pensait m’avoir déjà vu à la fin des années 1980, quand j’allais avec mon père rue des Trois-Portes acheter des vieux numéros d’Hara-Kiri. C’est possible. 2008, c’était l’été de l’affaire Siné. Très vite, au moins autant que des Colonnes de Gébé, on s’est retrouvé à parler de l’affaire Siné. On en parlait pendant des heures. Et puis on parlait d’autres choses. De beaucoup, beaucoup d’autres choses. 

 

Très vite également, j’ai commencé à aller voir Pascal dans sa maison du Vaudoué, en voiture, avec des amis parce que je ne conduis pas. On déjeunait et on passait l’après-midi à rire et parler, parfois visités par les couleuvres, parfois interrompus par les cris du corbeau. Et Pascal nous montrait ses récentes découvertes de pierres taillées. Quand la nuit commençait à tomber, on reprenait la voiture et on rentrait à Paris, pleins de tout ce que Pascal nous avait dit ou montré. Pascal avait une connaissance extraordinaire des serpents, des oiseaux et de la préhistoire. Une connaissance vécue. Une communion chamanique. Au point qu’il était devenu lui-même serpent, oiseau et préhistoire. Il était devenu connaissance. Et tout ce qu’il était, l’être absolument exceptionnel qu’il était, se retrouvait dans ses dessins. 

 

Les dessins de Pascal sont des signes. Ils semblent nous venir du fond des âges, de la première nuit ou du premier matin. On a littéralement l’impression de voir le tracé des premiers hommes, quand dessin et écriture n’étaient pas encore séparés. Ils appartiennent à une planète inconnue, que ces hommes ont découvert, et dont ils nous montrent les différents aspects. Ils ont la douceur et la violence de ce qui apparaît dans le monde pour la première fois. 

 

Pascal est parti en 2022. Mais ses dessins sont là et ils continuent à nous parler. Ils n’ont même jamais été si vivants. Ils nous parlent d’un monde que nous ne connaissons pas encore et qui pourtant a toujours été là. Ils nous parlent de notre monde, une fois que nos yeux seront assez lucides pour le voir. Pascal nous manque.