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Même les morts dansent
Paru en 2002

Contexte de parution : manuscrit.com

Présentation :

Texte présentant le huitième numéro de Spectre (ça allait être le dernier, mais on ne le savait pas encore) pour le site manuscrit.com dont nous étions devenus partenaires. 






  


Spectre n°8 se propose d’étudier l’homme, le plus pauvre, le plus seul et le plus nu des hommes, et de définir ce qu’il peut. Spectre n°8 est le numéro le plus consciemment orienté vers ce projet de civilisation que nous avons fait nôtre : la société des solitaires.

Nous ne mordons pas vraiment aux idées générales de la pensée occidentale. Aussi, Spectre n’a pas orienté sa réflexion sur l’homme et la société d’un point de vue marxiste ou freudien. Il ne s’agit pas d’un combat pour que les hommes exclus du pouvoir y accèdent, ni pour que les névrosés guérissent de leurs névroses. Le but du jeu est de savoir comment faire pour ne pas avoir besoin de ce qu’on ne nous propose pas, de ne pas avoir à dépendre de personnes que l’on méprise, et ce, sans pour autant déchaîner leur haine et leur désir de nous soumettre. Une économie est nécessaire aux solitaires, un grand dénuement, un art des silences et un nouvel amour. Les Residents nous ont donné des leçons d’autarcie bienveillante, Twin Peaks d’art de vivre entre deux mondes, Novalis et Le Grand Jeu d’interdisciplinarité par l’épiphyse. Nous tentons maintenant d’en dégager une éthique. Elle est celle des plus méconnus des hommes, ceux qui n’ont pas besoin de nous pour vivre : nous parlons en leur nom, car nous avons reconnu en eux ceux qui tous les jours transforment le monde. Il suffit de regarder autour de nous. 

Quand on se demande ce que c’est que l’homme ou que la vie, on se rend compte qu’on a affaire à des histoires de cycle : commencer, finir, recommencer ; parler, se taire ; manger, dormir, se réveiller, imiter, reprendre, refaire les mêmes erreurs et répéter une sensation plaisante. Le monde est rond. Lorsqu’on devient conscient de la présence de cycles dans sa vie, c’est-à-dire qu’on a peu ou prou le sentiment de tourner en rond ou de voir les choses partir et revenir, plusieurs démarches sont possibles. On peut toucher les limites, prendre conscience de sa finitude : c’est l’objet de la première partie de notre numéro, consacrée à la clôture : Les murs de la sidérante. On peut vivre ces cycles comme une nécessité organique, venir, partir et les incorporer d’avantage : nous traitons de cette possibilité dans une deuxième partie nommée Divin Rewind. On peut encore se laisser happer par le dehors, tenter de se perdre quelque part ou dans quelqu’un d’autre : nous avons consacré à cette idée d’extériorisation des forces la troisième partie de ce numéro : L’étreinte du dehors. Mais on peut également envisager de nouvelles possibilités, projeter ou mourir. Ce sont les thèmes de nos deux dernières parties, Perspectives prospectives et Requiem.

Spectre n°8 explore ces différentes démarches conditionnées par le sentiment de tourner en rond et qui est le fait de toutes les vies. Du fait de toujours tourner, on peut bien sûr tirer un sentiment névrotique et insatisfait mais tout aussi bien de plénitude et de joie : tout dépend de la manière dont on le vit.Spectre n°8 propose des méthodes pour transformer la névrose en fête et la maladie en jubilation. Du sentiment d’échec ancré dans toutes les vies, relatif à des modèles faux (comme tous les modèles) et qui produisent la tristesse dans nos âmes, nous proposons une transmutation tragique en gloire immanente, expérience sacrée et voluptueuse. Gloire aux solitaires ! Gloire aux plus humbles, pauvres et retirés des hommes !

La politique classique n’a pas sa place dans le cœur des hommes, une autre politique, un autre rapport de forces est à envisager. Finalement l’homme n’aime que superficiellement le pouvoir ; ce qu’il aime c’est s’abandonner aux forces archaïques de la vie, électroniques et telluriques : les sensations fortes, qui ne sont pas nécessairement les moins subtiles. Ce pourrait être la guerre, mais c’est d’abord la danse. Même les morts dansent.