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Chronique des Melvins - A Live History of Gluttony and Lust
Paru en 2006

Contexte de parution : Rock & Folk





Ce nouvel opus des Melvins est le résultat d’un exercice à contrainte, réalisé dans le cadre des concerts « Don’t Look Back » organisés par All Tomorrows Parties à Londres en 2005, auxquels furent également conviés Dinosaur Jr., Mudhonney ou les Stooges. Le jeu consistait à jouer un album entier et les Melvins réinvestirent et pervertirent pour l’occasion leur légendaire Houdini de 1993. Une fois de plus sans bassiste, King Buzzo et Dale Crover ont invité le merveilleux Trevor Dunn (Fantômas) à se joindre à eux. Le résultat – pour n’importe quel auditeur passionné des Melvins – dépasse toute espérance et justifie même l’acquisition du disque par le novice désireux de s’imprégner de la poétique singulière du groupe. Rappelons que les Melvins étaient, avec les Pixies, le groupe préféré de Kurt Cobain et que ses membres, précurseurs sombres du grunge, incarnent depuis vingt-trois ans l’exigence du rock indépendant le plus intense et plus esthétiquement précis. Les nouvelles versions de « Night Goat » ou de « Goin’ Blind » (improbable reprise de Kiss) sont des chefs d’œuvre de violence dilatée et « Spread Eagle Beagle » est un voyage dans la pure puissance que le break de percussion transforme en un inoubliable paysage abstrait. Nul doute que King Buzzo s’identifie au Dodo de la pochette. Dans l’eschatologie propre aux Melvins, les rockers sont une espèce mythique, à la fois condamnée depuis toujours et inlassablement revenante. Mais ce sont aussi des orfèvres du Mal, imprégnant de leur inventivité sonore les compositions les plus glorieusement agressives et lentes.