« L’Humour a-t-il sa place dans la Musique ? » Cette question, posée jadis par Frank Zappa, n’a jamais été aussi pertinente qu’aujourd’hui, où ce qui est sérieux et ce qui ne doit surtout pas l’être n’ont jamais été aussi séparés dans les esprits. L’insuccès relatif des Sparks depuis 35 ans en est la preuve, comme celui des Residents ou de Ween, avec lesquels ils ont tant de points communs, en particulier la transfiguration du ringard considérée comme un des beaux-arts.
Hello Young Lovers est de la même espèce que leur disque précédent, Lil Beethoven, c’est-à-dire démonstratif, insistant, maladif, inoubliable. Il participe de la même démarche affirmative de poétisation de leur propre échec comme groupe populaire. Science des titres (« (Baby, Baby) Can I Invade Your Country »), mélodies absurdes (« Waterproof »), passages néo-classiques avec clavecin et cordes (« The Very Next Flight »), arrangements cinématographiques plein de climax lourds et dérangeants (« Rock, Rock, Rock »), réminescences de doo-wop (« Here Kitty »), paroles répétées jusqu’à la transe crétine (« Perfume »), chœurs autoritaires et admonistatoires (« Metaphor »), et au moins un chef d’œuvre d’absurdité tragique : « As I Sit Down To Play The Organ At The Notre Dame Cathedral ».
Pour les Sparks, la pop music n’est rien d’autre qu’une continuation de l’opérette par d’autres moyens. Partis du glam-rock, ils n’ont cessé d’en développer les potentialités, à l’écart de tout esprit de sérieux, avec une légèreté métaphysique aussi déchirante et déchirée qu’un conte d’Alphonse Allais.