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Chronique Melvins - (A) Senile Animale
Paru en 2006

Contexte de parution : Rock & Folk





On a souvent parlé du caractère maniéré de la réappropriation du hard rock chez les Melvins : cette distance mystérieuse, cette ironie latente, cette conscience de soi, et simultanément la puissance incontestable qui se dégage de leur musique, et qui inspira tout ce qui s’est fait de plus fort dans le rock populaire depuis les années 90 – de Nirvana aux Desert Sessions. Ce raffinement est une des très grandes qualités de (A) Senile Animal, et lui donne un aspect quasi-vénitien. Les Melvins sont l’équivalent en rock de Henri de Régnier, l’auteur de La Double Maîtresse : une immense résistance face à la résignation générale, la volonté bien trempée de ne pas laisser disparaître une poétique jugée trop complexe pour le goût public, mais dont le potentiel créatif est loin d’avoir épuisé toutes ses formes. La conséquence de leur acharnement, c’est que tous leurs effets sont dédoublés : double batterie, double partie vocale – et même double groupe ! Aux Grands Anciens lovecraftiens Buzzo Osbourne et Dale Crover se sont adjoints deux jeunes membres de Big Buisness : Jared Warren à la basse, et Coady Willis à la deuxième batterie. C’est cette conscience inquiète de la démultiplication qui les fait titrer (A) Senile Animal : comme s’il y avait toujours une confusion entre la dissolution de la puissance et sa déchéance. Etre stupide et raffiné, drôle et effrayant à la fois, a toujours été le but de King Buzzo. La pochette y répond, présentant un petit bonhomme en scaphandre, muni d’une hache pour attaquer les poissons et mettre fin à une Ère qui aurait dû être achevée depuis bien longtemps. Si la Conspiration du Verseau est vraiment sympa, elle ressemblera à la musique des Melvins.