Depuis que la figure de Frank Zappa s’est évanouie dans le Temps, son esprit n’a cessé de poursuivre son œuvre. Parmi les quelques disques posthumes, produits peu de temps avant sa mort apparente en décembre 1993 (Civilization Phaze III ; The Lost Episodes ; Everything Is Healing Just Nicely), Trance-Fusion est le moins bombastique et auréolé ; mais c’est son plus intime, son plus mélancolique et son plus simple. C’est le troisième et dernier disque qu’il voulait consacrer à son activité d’improvisateur : ces compositions spontanées qui prirent, dans les solos de ses dernières années, des tournures de plus en plus délicates, nuageuses et aérées. C’est Zappa au travail, dans l’athanor portatif, déplaçable, qu’est sa guitare. La beauté de ses solos, indépendants des morceaux sur lesquels il les joue (ce qui explique qu’ils peuvent en être extraits, et publiés séparément), c’est d’être toujours des esquisses, des crayonnés fulgurants, des ébauches de composition. Ce sont des fusains. Tous, lorsqu’ils sont, non pas entendus, mais écoutés avec attention, sont des exercices d’éveil aux présupposés métaphysiques du musicien : la Grande Note comme principe constituant de l’Univers (d’où toutes les musiques sont tirées), le Temps comme forme sphérique (où tout a lieu, simultanément, au même moment), et la Continuité Conceptuelle comme création du sens de notre vie par connexion des détails, mise en relation des gnognottes – comme dirait J.C.Menu – susceptibles de revenir. Et par cette nouvelle Trance-Fusion, nous continuons à être éclairés par les indices que Zappa nous aura laissé sur l’art que toute son œuvre appelle : un art de l’avenir qu’il nous faut encore inventer.