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Chronique Ween - La Cucaracha
Paru en 2007

Contexte de parution : Rock & Folk






La Cucaracha
 est un chef d’œuvre honteux – rempli de morceaux superbes et de rengaines embarrassantes. L’enjeu de Ween depuis vingt ans : faire de nous des hommes complets, en nous faisant aimer des musiques qu’on n’aime pas. Comment ? En nous les faisant écouter ! C’est pour ça que Ween est un groupe de pop très important. Beaucoup plus important que tous les groupes qu’on est susceptible d’apprécier ou d’aimer. Peut-être le plus important depuis les Beatles et les Residents. Ween, c’est l’Autre de toute culture : du punk pour les jamaïcains, du funk pour les irlandais, de la country pour les japonais et de la musique arabe pour les nerds. La Cucaracha contient : un thème pseudo-mexicain passé au filtre années 80 (« Fiesta »), deux morceaux eighties bret-easton-ellissien à mort pour cadres serial killers et partouzeurs (« Object » et « Your Party »), un prog-rock interminable entre Jehtro Tull et Santana (« Woman and Man »), un tube « dance » bêtement déviant (« Friends »), un morceau heavy metal macho jusqu’à la caricature (« With My Own Bare Hands »), une ballade maccartneyenne de fin des temps (« Lullaby »), le tout avec des arrangements aussi poussifs qu’émouvants, et une collection inégalable d’identités vocales pour en assumer les paroles. Ween, c’est la radio pour les gens qui n’écoutent jamais la radio. Tous les morceaux de Ween font le vide autour d’eux. Leur système de reprises des styles de musiques préexistantes, beaucoup moins qu’un goût pour le pastiche ou qu’un nébuleux problème d’identité (quoique les deux y participent) vient surtout d’une attitude de psychologues. Leurs disques sont des tests : on y exerce son degré de tolérance et de compréhension sur ce qui fait la variété infinie de l’espèce humaine. Un homme qui aimera tout ce que Ween joue aura atteint la béatitude de la vraie sagesse.