Le malheur des hommes vient de l’existence simultanée de deux monnaies différentes qui se surajoutent ou se superposent alors qu’elles devraient s’exclure mutuellement.
L’une est purement financière et sert à réguler l’échange : ils l’appellent le FRIC.
L’autre est une monnaie de prestige, elle intensifie les relations entre actants et imprime plus ou moins artificiellement une valeur spirituelle supplémentaire indéfinissable (c’est un « je ne sais quoi », etc.) dans certains d’entre eux : son nom est la GLOIRE.
Le génie des primitifs tient dans l’exclusion mutuelle des deux monnaies : le chef est la star des sociétés primitives, mais c’est par conséquent son élément le plus pauvre. N’importe quel membre de sa tribu possède plus de biens que lui.
Dans notre monde renversé (« Les sociétés modernes se présentent comme une vaste accumulation de lunettes » dit le Manifeste de l’Écume, etc.), les stars sont dégueulassement riches, et mieux payées que tout le monde, alors qu’elles devraient, naturellement, en contrepartie de l’admiration suscitée, croupir dans la misère la plus crasse.
À l’inverse, leurs fans sont très pauvres, et dépensent le peu qu’ils possèdent en fétiches pour mieux idolâtrer les riches.
Annonce (roulement de tambour, trompette) :
Notre projet politique, car c’en est un, commencera par l’inversion générale des rétributions.
Toute honte mérite salaire.
La gloire, par contre, doit être remboursée rubis sur l’ongle.