Pacome Thiellement.com

This is my story
Paru en 2008

Contexte de parution : Ici-Bas





 

 

Juin 1996. Il commence à faire très chaud et nous sommes en école de cinéma, sur la rue de Cîteaux, dans le douzième. L’intervenante, une vidéaste new-yorkaise, dirige un work shop.

« Que pensez-vous des histoires que les autres vous racontent ? A votre tour, racontez une histoire. »

Tout le monde, absolument tout le monde, dit à peu près la même chose. Synthétisé, en mettant en relief les points saillants des discours, ça donne quelque chose comme ça :

« J’adore quand on me raconte une histoire. Ca touche au vécu et à l’intime. On partage un moment spécial ensemble. On se fait des confidences, on essaie de se raconter. C’est un moment magique, qui dit la vérité sur la personne qui raconte l’histoire et nous révèle quelque chose comme la vérité du monde. »

Tout le monde est à peu près sur la même longueur d’ondes, sauf une personne : une coréenne très sensible et très intelligente, avec une coupe de cheveux bizarre, qui répond en dernier. Elle a l’air très embarrassé :

- Moi les histoires je n’aime pas ça. J’ai l’impression d’être, comment vous dites ? Compressée dans une petite cage quand quelqu’un me raconte une histoire. Si c’est son histoire, c’est encore pire. Ca me met mal à l’aise et ça me donne envie de sortir. Partir loin, très, très loin. Alors vous raconter une histoire… Bon, je vais quand même vous raconter une histoire. C’est un homme qui ment tout le temps. Il ne parle que pour mentir. Il n’a pas le choix : il ne peut pas faire caca et, à chaque fois qu’il ment, il vomit. Alors, un jour, il en a assez de vomir et il arrête de mentir. Il devient énorme. Comme il ne fait toujours pas caca non plus, le fait qu’il ne mente pas le fait grossir, grossir, grossir… Il va mourir, parce que, malheureusement, on ne peut pas ne pas parler.