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In Memoriam Jimmy Carl Black
Paru en 2008

Contexte de parution : Les Fils de l'Invention







Si les enfants jouent aux indiens et aux cow-boys, Jimmy Carl Black est un indien qui joue aux cow-boys et aux enfants. Pas plus légère, pas plus ingénue que sa batterie lourde et massive, qui appuie l’extase free des Mothers of Invention et la recadre dans le sens du blues le plus viscéral. Pas plus enivrante et caressante que sa voix grommeleuse de crooner texan sur « Harder than Your Husband » ou les reprises de « You’re so Fine » et « Those Lonely, Lonely Nights » dans le concert inédit de 1975 à El Paso (sa ville natale) où il réapparaît, tel le shité du Nô, pour détourner la musique de son employeur vers les terres les plus intimes du Project/Object. Ses sarcasmes rythment la mélodie de ses tambours. Son beau visage à la Gébé et son sourire chinois sont gravés à jamais dans la mémoire des mélomanes. Qu’il remonte les bretelles du diable parce qu’il n’a pas un accent anglais ou qu’il peste après Zappa parce qu’ils n’ont joué qu’un pauvre concert dans le mois et qu’il a une famille à nourrir, la présence physique et spirituelle de Jimmy Carl Black est si profondément familière aux auditeurs de la plus belle musique du monde qu’il a atteint la dimension d’un personnage de Shakespeare : un guerrier perdu ou un roi revenant. Il est si essentiel à la musique de Frank Zappa que c’est le premier à l’avoir suivi de l’autre côté de la vie, c’est-à-dire dans l’éternité de sa musique enregistrée : une des images les plus nettes et les plus belles que nous puissions connaître du paradis. 

Avec une bière dans chaque main, un boa fuschia et une perruque Jimi Hendrix sur la tête, Jimmy Carl Black chasse les groupies pour toujours, dans la salle du Festival Hall où la musique n’a pas de fin.