Quelques textes écrits et liens donnés à Aliette Guibert Certhoux pour Critical Secret - et afin de célébrer la fin d'une résidence d'un an au Monte-en-l'air, parfaitement magique : Satan Trismégiste.
Pour Thomas Bertay
Lorsque le Sauveur eut dit ces choses, Marie reprit la parole, disant : « Mon Seigneur, je dois encore te demander quelque chose et j’espère que tu ne me le cacheras pas. Dis-nous, Seigneur, qui pousse l’homme à pécher ? ».
Le Sauveur répondit, il dit à Marie : « Ce sont les Archontes du Destin qui poussent l’homme à pécher. »
Pistis Sofia
Nous en avions tellement entendu parler. Tous les textes gnostiques nous le disaient. Tous annonçaient cette prison de mort et dévoilaient ce monde en carton-pâte. Tous les textes gnostiques parlaient du maître de ce monde : le démiurge, fou, borgne, méchant ; le Cosmocrator. Et alors la voix du Cosmocrator s’adressa aux anges : « Je suis Dieu et il n’y en a pas d’autre en dehors de Moi. » Mais moi, j’ai ri joyeusement, ayant sondé la vanité de sa gloire. Ils nous disaient que nous ne venions pas d’ici. Ils nous disaient : A la fin, tu seras las de ce monde ancien. Ils parlaient des frontières de plus en plus réduites de ce monde. Ils décrivaient les archontes du destin obsédés à amenuiser nos libertés, nous poussant toujours plus dans l’illégalité. Tous les poèmes mystiques nous le rappelaient. Ils nous disaient : Chaque jour vers l’Enfer tu descends d’un pas, sans horreur, à travers des ténèbres qui puent. Ils évoquaient notre pacte secret avec l’ordre truqué de ce monde, notre malheureuse complicité avec la lâcheté. Ils montraient le pouvoir temporel sous la forme d’un gros poisson amorphe, une baudruche qu’il n’aurait tenu qu’à nous de dégonfler : l’homme normal. Ils nous disaient : Monsieur Ubu est un être ignoble, ce pourquoi il te ressemble, puisque tu ne parles que de trois choses : la physique, la phynance, la Merdre. C’est-à-dire le sexe, le fric, et toi-même. Tous les traités de haute science et les exposés de pur amour s’y accordaient. Ils tendaient vers nous le fil d’or de notre être de lumière – le fil d’Hermès. Ils nous parlaient comme image ou ange.
Ils nous demandaient de redevenir animaux : le réveil de l’ours, la science de l’âne, le baiser du singe, le roman de renard. Ils furent enterrés. Leurs auteurs furent réfutés puis décimés. Et ils te laissèrent là, dans une crasse solitude. Il ne te restait que les yeux pour pleurer.
Nous avons vécu une petite éternité dans l’ombre peu clémente d’une église de plus en plus institutionnelle, masque et miroir d’un pouvoir de plus en plus inique. Nous avons vécu dans l’ombre d’une gardienne des dogmes et pourvoyeuse des bonnes raisons, des belles excuses à donner à notre soumission. Le monde était quadrillé, découpé en tranches de plus en plus petites. On nous contrôlait de plus en plus près. Le démiurge fou et borgne finit par ressembler à Alain Bauer : un gros tas à la moustache filasse et à la moumoute mal collée, dans un costume à carreaux d’escroc de province, qui vend des caméras de surveillance marchant mal aux présidents qui se succèdent. L’archonte du destin finit par ressembler à Manuel Valls : un connard raide, sorte d’eunuque gominé qu’on ne voudrait pas pour beau-frère, qui ne sourit jamais et qui impose la dictature en poussant les hommes au crime sous les applaudissements de ses pairs. Le gros poisson amorphe, c’était Hollande, suprême saleté se roulant dans les draps d’une actrice trop complaisante, affamé toujours d’une nouvelle guerre – et il accélérait le scooter de la destruction de ce monde dans une sorte d’indifférence bonhomme à tel point qu’on se demandait toujours s’il était surnaturellement stupide ou seulement infernalement con.
Et toi ? Toi tu pleurais. Et tu ne savais pas pourquoi mais tes larmes ne cessaient pas de couler. Sur l’oreiller du mal c’était Satan Trismégiste qui berçait longuement ton esprit enchanté. Tu ne savais pas où tu avais rangé ton épée ; ton sabre pour enfin trancher. Ce qu’il y a de pire dans les moments de crise, c’est moins les saloperies des salauds ou la lâcheté des lâches que l’incapacité des types bien à réagir, leur volonté vaporisée, leur détermination paralysée. C’est toujours de ça que les poètes, de Nerval à Artaud, parlaient. C’était toujours de ça qu’ils souffraient, passant par mille et une périphrases par horreur des conséquences de leur propre parler. Mais le moment d’incubation du Mal était chimiquement nécessaire pour polir ton armure rouge. Il fallait atteindre le fond des enfers pour que l’ascension vers le principe commence.
La culture académique, relais de l’église extérieure, avait produit une œuvre justifiant le fonctionnement du pouvoir et ses raisons de nous conserver dans l’oppression. La philosophie académique fut le supplétif intellectuel de cette forfanterie, ensuite remplacée par le show-business, et enfin les deux dialectiquement mêlés dans la production définitive du « chroniqueur », le cul de basse-fosse du monde : Histoire de la pensée officielle, de Aristote à Christophe Barbier. Le monde devenait plus matériel à mesure qu’il s’enfonçait dans l’injustice et la violence. A mesure qu’il devenait plus matériel, l’homme devenait plus seul – l’incommunicabilité s’imposait – et l’homme ordinaire et le poète maudit ne faisaient plus qu’un – comme dans le poème de Baudelaire. Tous maudits mais tous guerriers. Tous détruits mais tous prêts à combattre encore l’après-dernière guerre mondiale.
Après tout, il restait toujours le folklore. Le folklore n’avait pas totalement disparu. Et les frontières n’étaient pas encore si hermétiquement closes que les peuples de sorcières et de magiciens ne pouvaient traverser nos contrées et rengorger de liqueur sucrée notre spiritualité desséchée. Longtemps, le retournement de la Terre s’était donné dans les temps de carnaval – temps du réveil de l’ours et de sa danse avec Valentin. Aux temps de carnaval, fêtes de l’âne, processions du renard, le peuple retrouvait sa souveraineté perdue, se souvenait de sa véritable nature. Le temps de carnaval était aussi un temps d’Apocalypse. Comme dans le cinéma de Lars von Trier ou la littérature d’Alfred Jarry, l’antéchrist (Ubu-Charlotte), l’étoile-absinthe (Aldernablou-Melancholia), la grande prostituée de Babylone (Messaline-Nymphomaniac) : toutes les figures de l’Apocalypse passaient par notre cœur pour le régénérer. Nous étions tour à tour toutes les images symboliques que nous découvrions sur les tapisseries et les blasons. Nous étions la coupe et le dragon. Et les quatre bêtes du Tétramorphe tournoyaient autour de nous comme un zodiaque ou une boussole.
Dans un article pour La Revue Blanche, Alfred Jarry s’interrogeait : « Il a toujours été classique, pour battre en brèche telle ou telle religion, de lui opposer ce fait, qu’on retrouve dans chacune, avec peu de variantes, les mêmes mythes et les mêmes titres. N’est-ce pas, au contraire, une preuve qu’il existerait une religion absolue, dont les autres ne seraient que des facettes incomplètes et déformées ? » Oui, cette religion absolue existait ; et c’était Carnaval. C’était une comptine, une danse que les enfants faisaient pour se faire peur en se donnant le tournis. Apollinaire le savait, le disait :
« Des enfants
« De ce monde ou bien de l’autre
« Chantaient de ces rondes
« Aux paroles absurdes et lyriques
« Qui sans doute sont les restes
« Des plus anciens monuments poétiques
« De l’humanité »
C’est ce carnaval que le pouvoir démoniaque avait désormais charge de détruire. C’est cette fête que les gouvernements de ce monde et ses armées de démons voulaient impérativement nous caviarder depuis une presque cinquantaine d’années – et ils étaient sur le point de totalement y arriver. Si tu aimais tant la culture pop des années 1960, des Beatles à Reiser, de Topor à Sun Ra, si tu en parlais tellement, c’est qu’elle n’était déjà plus, c’est qu’on l’avait escamotée pour réduire à néant sa puissance de transformation et de régénération. Le monde rétrécissait – un monde postiche pour touristes, un monde en contre-plaqué destiné à ceux qui n’y habitaient pas. Le village mondial était un truc à la Potemkine. Pour finir, et jusqu’à ce que nous ouvrions le désert, jusqu’à ce que nous mangions le sable de Nag Hammadi, les véritables prophètes apocalyptiques de notre véritable nature, les véritables lumières matutinales du gnosticisme oriental, ce furent les poètes bien sûr, mais aussi les fous qu’on enferme. Ils avaient tout vu ; tout. Ils avaient vu ce monde d’après – un monde d’après la pop, un monde d’après la fin. Pierre Roux avait vu que le soleil était un Satan, plein d’ossements et de pourriture, dont le noyau était excrémentiel et dont l’enveloppe était formée par les âmes des damnés des différentes planètes. Il avait vu que Paris était un soleil contenant un million et demi de diables qui s’ébattaient sur cinquante mille fosses d’aisance, que la cuisine était la science du diable car elle consistait à chasser la vie hors des mets par le moyen de la fermentation, du gratin, de la brûlure, de la pourriture et de la conservation. Schreber avait vu un monde de plus en plus strié par les méthodes de télécommunication, un monde de rayons atteignant directement le système nerveux, où tous interféraient avec tous sur les modes de l’épuisement et de l’agacement. Enfin, Monsieur Dupré avait raison de ne pas vouloir lire la presse, puisque ceux qui la rédigeaient étaient des compères qui s’entendaient avec ceux qui la lisaient. Il avait également raison de voir le monde plus petit : et Paris n’était plus Paris, mais un village qui tentait de ressembler à Paris. Le stupide médecin François Leuret continuait à lui administrer des douches froides en vain :
« M. Picard et moi, accompagnés du surveillant de la division, nous le conduisons dans un lieu élevé de l’hospice de Bicêtre d’où l’on découvre une très grande partie de la ville, et après nous être évertués à exciter son attention, nous lui disons :
- N’est-ce pas là Paris ?
- C’est une représentation de Paris, répond-il ; il y a plusieurs choses imitées mais c’est Langres.
- N’est-ce pas là le Panthéon ?
- C’est une représentation du Panthéon.
- N’est-ce pas là le Val-de-Grâce ?
- Eh bien oui, c’est une représentation du Val-de-Grâce. »
Et toi ? Que voyais-tu ?
Toutes ces années passées à tourner autour de l’Apocalypse comme une bête féroce qui pouvait te sauter dessus pour te déchiqueter. Tu finis par comprendre pourquoi tes larmes étaient aussi salées. Elles étaient un déluge en miniature. A chaque fois que tu pleurais, tu activais une fonction apocalyptique ; et, à chaque fois que tu riais, c’est tout l’ordre du monde que tu défiais. C’était fini, Satan. Le fait que le monde aille plus mal allait te rendre meilleur. Pas forcément plus gentil – tu l’es toujours bien assez, va – mais plus clair, plus fort, plus net. Le fait que les mailles de la prison se resserraient t’obligerait à te faire plus fin, plus souple et plus ingénieux pour t’en libérer. C’était fini, Satan. Les mystères en ce monde étaient des armes pour te libérer de tes geôliers ; par l’énigme qu’ils ne pourraient résoudre tu immobiliserais les Archontes du destin – les parents de ta misère. Maintenant la solitude était, non plus une idée, mais un fait. Maintenant il était temps de voir où tu avais égaré ton épée : elle était sous ton oreiller.
« C’est pour cela donc que j’ai apporté les Mystères en ce monde, disait le Christ de la « Pistis Sofia », afin de dissoudre tous les liens de l’Esprit faux et tous les sceaux qui sont attachés à l’Ame ; ces Mystères libèrent l’Ame de ses parents, les Archontes, et ils la transforment en lumière subtile afin de la conduire jusqu’au Royaume de son Père, le Premier Principe, le Premier Mystère, éternellement. C’est pourquoi je vous ai dit autrefois : Celui qui ne laissera pas son père et sa mère pour me suivre n’est pas digne de moi, c’est-à-dire que vous devez abandonner vos parents, les Archontes du Destin, afin de devenir les enfants du Premier Mystère jusque dans l’éternité. »
Maintenant il était temps de combattre la Mort elle-même.
La fin de Satan, c’est fini !
La résidence Satan Trismégiste a commencé le jeudi 7 mars 2013 et s’est achevée le mercredi 22 janvier 2014. C’est grâce à la librairie surnaturelle Le Monte-en-l’air que tout a eu lieu, grâce à Fabrice Cysique, à Guillaume Dumora et à la sublimissime Aurélie Garreau. Et si cette résidence s’est doublée d’un théâtre de vidéos sur viméo, c’est grâce à Remue.net, à Guénaël Bontouillet, à Patrice Chatelier et à l’inimaginablement fabuleuse Marjolaine Grandjean.
Ici vous avez tous les liens pour les vidéos que Marjolaine a filmé avec rigueur et toujours un magnifique sourire le long de la résidence au Monte-en-l’air.
L’idée était et est de faire le lien entre les grandes « gnoses » (qu’il s’agisse du gnosticisme à proprement parler ou de ses extensions type Ishraqiyun ou pensée traditionnelle guénonienne) et la pratique carnavalesque et cruelle, de la pataphysique à Hara-Kiri.
Pourquoi ? Pour lutter contre l’ennui, la dépression, le sentiment du malheur, le sentiment de l’inéluctable injustice.
Et puisque parce que c’est beau.
Un Million d’Helminthes.
On a démarré, Olivier Mellano et moi, sur Baudelaire. Satan Trismégiste, c’est Baudelaire, c’est sa vision, son idée. La tristesse, l’incapacité de communiquer, l’incapacité d’agir. Le résultat était une soirée étrangement heureuse sur des sujets terriblement tristes.
Soirée Daumal
René Daumal est un de nos intercesseurs privilégiés. Pourquoi ? Parce qu’il a associé la quête spirituelle « traditionnelle » (Guénon, les Upanishads, la Baghavad Gîtâ, etc.) et la pataphysique. Parce que c’est un poète, aux visions terribles et à la rigueur d’acier. Et parce que Hermine Karagheuz – une de mes actrices préférées depuis que j’ai vu, vers vingt ans, Out 1,Duelle et Merry-go-round de Jacques Rivette et que j’avais évoquée, sans la connaître, dans mon essai L’Homme électrique – en déploie les mots invraisemblablement bien.
Soirée Mon Cul
Un de mes héros de toujours, Delfeil de Ton, venait de ressortir Mon cul sur la commode chez Wombat, son extraordinaire pastiche de « Histoire d’O ». C’était l’occasion de le voir et de parler avec lui. Et de rire avec lui (impossible de parler avec lui sans rire à gorges déployées). Et même d’évoquer « Maso et Miso vont en bateau », dont il parle merveilleusement bien dans Les Lundis de D.D.T. (éd. L’Apocalypse).
Laetitia Dosch – que tout le monde découvre aujourd’hui grâce aux films de Justine Triet Vilaine fille, mauvais garçon et La Bataille de Solferino – nous a fait le plaisir de quelques lectures. Elle, dont le premier one-woman show, Laetitia Dosch fait péter le Centre Culturel Suisse, laissait planer les influences conjuguées de Hara-Kiri, Zouc et Andy Kaufman, était l’invitée idéale pour une soirée delfeilienne.
Soirée Garmonbozia
Ca n’a pas de sens de faire un cycle de conférences contre la tristesse ou l’inaccomplissement si on n’en profite pas pour reprendre et compléter quelques enquêtes naguère entamées. Il m’a toujours manqué, dans La Main gauche de David Lynch (P.U.F.), un développement plus complet sur l’après-Twin Peaks, ou sur la façon dont la temporalité et l’univers des films de Lynch avait changé, dans un monde devenu « Tout Black Lodge ». C’est fait, et ce fut rendu possible par de nouveaux éléments concernant le Dahlia Noir d’une part (le livre de Steve Hodel, la lecture de la biographie de Lynch Beautiful Dark) et par la découverte, après maints visionnages, d’une phrase-clé dans Buffy contre les Vampires : « Alors c’est pour ça que le Temps est devenu tout David Lynch ? »
Après cette conférence, le pied total puisque c’est un concert de The Umbilica Chords, le groupe de Scott Batty et du Hibou, accompagnés pour l’occasion de l’extraordinaire trompettiste Kei Yoshida. Scott Batty : la plus incroyable bête de scène que je connaisse. Allez le voir au moins un soir en concert avant de devenir idiots, les amis.
Soirée Topor
Là, je crois que ça se passe d’explications. Un des plus grands artistes du siècle tous genres confondus – Topor excelle dans le dessin mais il est imbattable sur le texte et grandiose dans l’animation et fantastique dans la chanson – dit par un des plus grands et des plus drôles acteurs de notre temps : Luis Rego.
Une soirée de rêve. Difficile de déprimer après ça.
Cette lecture extraordinaire est suivie d’un concert du groupe de Nicolas Topor, La République des Songes, alors tout juste formé.
Le temps était clément. Il commençait à faire beau. Il a fait soleil tard. Satan n’avait plus qu’à aller se cacher !
Soirée La Mort est ton Cadeau
Chloé Delaume et Buffy Summers sont de très chères amies. Malheureusement incomplet, ce passage de la soirée filmé par Thomas Bertay (remue-net fut prévenu trop tard et Marjolaine Grandjean ne pouvait être là) donne un aperçu de l’approche qui était choisie pour la Tueuse : une conférence exaltée de démonologie, et une lecture à la fois drôle et profonde du « livre dont vous êtes le héros » écrit par Chloé sur la série de Joss Whedon : La Nuit je suis Buffy Summers (éditions ère). A noter que ma conférence sur Buffy (Une fois recrachés tous les mensonges qu’ils nous auront fait avaler) comme la précédente sur David Lynch (Et le Temps devint tout « David Lynch ») ont toutes les deux été reprises dans Pop Yoga édité en hiver de cette année aux éditions Sonatine.
Soirée Psychic Murder Show
L’occasion de cette rencontre avec un de mes artistes préférés, Captain Cavern, c’est la sortie de son livre Psychic Murder Show aux éditions United Dead Artists. Captain Cavern est un magnétiseur. Derrière chaque énigme, cet imagier psychopompe fait apparaître une lumière, et, derrière chaque lumière, une nouvelle énigme. Le vengeur des meurtres psychiques est aussi le dissolvant universel des formes. Recoupant les pièces d’un puzzle de la taille de la Terre, recollant les fragments de la grande intrigue et recouvrant les apories du grand complot, l’énergie de ses bandes dessinées de vertige comme la grande aventure de ses tableaux orphiques sont celles d’une innocente splendeur que nous ne connaissons pas encore mais qui, pourtant, est déjà là.
Soirée Viens, étoile-absinthe
Organisée pendant le week-end du Monte-en-l’air au Cirque Electrique, cette conférence avec Olivier Mellano est la suite de Un million d’helminthes, mais cette fois-ci à travers le prisme multi-dimensionnel de Alfred Jarry (avec aussi des passages sur Frank Zappa, Lars von Trier, Léon Bloy). C’est aussi une méditation sur l’Apocalypse qui n’a pas eu lieu – ou qui a eu lieu autrement fin 2012. Cette conférence est suivie d’un concert/lecture exceptionnel de Marie Möör (dont je suis un fan de longue date) et de Laurent Chambert. Ils jouèrent pour nous un long et rare poème de Christian Gabrielle Guez Ricord : L’épée d’Orphée.
Soirée Animal
Carte blanche à mon amie Laure Limongi (qui sera la prochaine résidente du Monte-en-l’air avec L’Hospitalité) ! Et pour sa carte blanche, Laure a décidé de parler des animaux en littérature avec deux invitées : Julia Curiel et Olivia Rosenthal. Nous n’en sommes pas encore , hélas, à l’établissement des droits des animaux – que Léon Bloy disait être « dans nos mains, les otages de la Beauté céleste vaincue. » Mais le combat ne fait que commencer.
Soirée Chocolat Blanc
L’occasion de cette soirée est la réédition chez Wombat de Rock’n’ Roll et Chocolat Blanc, le premier livre de Jackie Berroyer. L’occasion de parler du rock en France, de l’écriture sur le rock, de Miles Davis, de la philosophie implicite du livre. L’occasion surtout de passer un moment avec l’un des hommes les plus beaux du monde : Berroyer !
Soirée Là-bas
C’est un véritable cadeau que nous fait là François Angelier, mon « chef » et ami de Mauvais Genres (les Samedis soirs fiévreux sur France Culture). Armé d’un talent d’historien-conteur proche de celui de Guillemin et laissant régulièrement se déployer son humour tonitruant, François Angelier nous raconte le XIXe siècle comme si nous y étions, le satanisme, les mésaventures de l’église catholique, et les figures invraisemblables, Eugène Vingtras, l’ex-abbé Boullan, etc. – qui se nichent dans le texte de Là-bas de Joris-Karl Huysmans.
Soirée Préhistoire
Dans une conférence incroyable d’humilité et de grandeur, le dessinateur Pascal remonte au début des temps, au début des lignes et des traits et propose une hypothèse inédite concernant le dessin préhistorique : celui d’un langage hiéroglyphique dont on retrouve encore les traces aujourd’hui. Un moment de poésie et de magie.
Soirée Artaud
Virginie di Ricci, vraie comédienne chamanique, commence par une conférence sur l’hypothèse d’un théâtre en Ancien Egypte, raccorde cette hypothèse au Théâtre de la Cruauté d’Antonin Artaud puis entraine le spectateur dans une lecture bouleversante des derniers carnets d’Artaud, ceux d’Ivry-sur-Seine, réédités il y a moins d’un an dans un silence assourdissant. Bouleversant.
http://vimeo.com/82315331
http://vimeo.com/82283614
Soirée La Fin de Satan
Pendant un an, on a été comme une petite société de recherche, une petite communauté de joyeux solitaires ; le Monte-en-l’air était comme le clocher de notre village. Cette dernière soirée est surtout une façon de dire « au revoir » (comme dirait Pierre Sérisier des derniers épisodes des séries télévisées) ; une façon aussi d’ouvrir sur autre chose. A trois, avec Hermine Karagheuz et Olivier Mellano, on reprend le fil de toute cette résidence à partir de Shining, des ours et de Guillaume Apollinaire. Hermine ouvre en lisant La maison des morts (sur Alcools) et termine avec Les collines (dans Calligrammes). On se laisse porter et on rencontre notre prochain intercesseur : Arlequin Trismégiste !
http://vimeo.com/85036790
Pendant que cette résidence s’achevait, j’ai pu, grâce à la gentillesse et l’hospitalité d’Aliette Guibert-Certhoux, accompagner cette « fin » d’un carnet pour Criticalsecret.com. Le choix des textes – un traité gnostique, un article d’Alfred Jarry, une évocation d’un « bizarre » – renvoie aux trois angles prises pour l’ensemble de ces recherches sur le « monde truqué » : les textes des mystiques ou hérétiques, celui des poètes et les intuitions souvent connexes des « fous qu’on enferme ». Ce n’est pas étonnant que beaucoup de poètes soient devenus fous, que beaucoup de fous aient vécu des extases proches des mystiques. Tous trois, à leur manière, refusent l’état présent des choses et tente d’en démontrer, par la force et la vision, l’illusion. C’est un chantier commencé collectivement avec Schreber Président aux éditions Fage (avec Fabrice Petitjean, Scott Batty, Patricia Rousseau, Adrian Smith, JcMenu, Killoffer, Jonathan Bougard, etc.). Satan Trismégiste est un peu la poursuite complexe et polychrome de cette quête politique et mystique : une introduction à la société des solitaires, des errants et des fous.
La Fin de la Fin de Satan
Mais si nous touchons désormais à La Fin de la Fin, ça veut dire que même La Fin de Satan c’est fini. Et ça veut dire que tout recommence.
La résidence île-de-France est achevée, mais nous n’en avons pas fini avec tout ça.
Et nous reviendrons au Monte-en-l’air pour la Résilience Satan Trismégiste : des soirées quand on pourra et quand on voudra jusqu’à la fin du monde.
Ca commence le 8 février avec une Soirée Métamune autour du nouveau livre de Jean-Christophe Menu. Soyez présents, brothers & sisters.