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Frank Zappa - L'Etrange Frank Zappa
Paru en 2025

Contexte de parution : 30 ans d'Etrange Festival

Présentation :

Souvenir d'une vision d'un film rare de Zappa à L'Etrange Festival écrit pour le livre collectif célébrant leurs trente ans. 






 

 

J’ai découvert le film The True Story of 200 Motels lors de sa projection à L’Étrange Festival en 2001 et ça a changé ma vie. Frank Zappa était déjà mon musicien préféré. Avec ce film – publié directement en VHS en 1989, déjà épuisé au milieu des années 1990, jamais réédité en DVD – il est quasiment devenu mon cinéaste préféré. Pourquoi ? Parce qu’il avait investi la forme la plus rébarbative du film documentaire : le « making-of », et de son propre film en plus : 200 Motels (1971). Et il en avait fait une œuvre encore plus passionnante que le film lui-même. Zappa associait des extraits de concert, des interviews et des films amateurs étalés sur toute sa vie, mais tous reliés, d’une façon ou d’une autre, à son sujet, le film, et le sujet du film : le fait que les « tournées de rock peuvent vous rendre fou ». Des passages de concerts où les musiciens menaçaient de quitter le groupe. Une interview du coréalisateur de 200 Motels, Tony Palmer, avec qui Zappa ne s’était pas bien entendu et qu’il commentait par des sous-titres drôles à crever. Une vidéo filmée pendant l’enregistrement de Joe’s Garage, en 1979, où Ike Willis et Warren Cucurullo, épuisés, se mettent à rejouer des dialogues de 200 Motels. Et même Steve Vai, à Palerme, en 1982, regardant la caméra et disant : « Maintenant, je dis ça. Et maintenant, tu filmes ça. Et maintenant, Frank regarde ça. Et maintenant quelqu’un regarde ça. C’est enregistré maintenant mais quelqu’un le regarde maintenant. » A l’époque, je n'avais encore publié aucun livre, mais je m’inspirerais à mort de The True Story of 200 Motels pour mes textes à venir. Avec Zappa, j’étais en face d’un artiste qui, lorsqu’il parle n’importe quel sujet (même du making-of de son film), me mettait en relation avec la folie des hommes, l’absurdité tragique du cosmos, les disparitions et réapparitions de thèmes ou de motifs qui font ce qu’on appelle une œuvre. Et surtout qui le reliait toujours à quelqu’un qui le regarde maintenant. La beauté existe maintenant.