Fragment publié dans la revue Corps de Texte de Xavier Gélard, repris et fondu dans le roman Soap Apocryphe en 2012.
Pourvu du fardeau de l’immortalité depuis sa naissance au Xe siècle de notre ère, Sylvestre Deux s’ennuyait comme un rat mort.
Dans le courant des années cinquante, il décrocha le rôle du cardinal Lamparelli dans une adaptation télévisuelle de La Double Maîtresse : baroque vieillard déçu en ses ambitions papales, reconstituant le conclave du Vatican dans une cage à singes tonsurés, en robes écarlates et coiffés de barrettes pourpres. Sylvestre se laissa pousser des moustaches de poisson-chat et s’inocula la goutte pour parfaire son interprétation. Cabot comme pas un, de nombreux éléments hétéroclites furent rajoutés par ses soins au texte de Henri de Régnier. Et plus particulièrement une longue digression, empruntée à Celio Calcagnini, sur les familles opposées de Physis (qui en sa première portée enfanta Beauté et Harmonie sans copulation charnelle) et de Satan-Antiphysie, digression que Sly administrait à Koko, sa fidèle Tête de Bronze domestique construite en 999 sur les bases du calcul binaire, et répondant toujours par Oui ou par Non aux questions relatives à l’avenir de la chrétienté.
– Adoncques Dieu-ou-si-tu-veux-la-Nature engendra l’Harmonie sans avoir besoin d’y plonger la queue quelque part, et Antiphysie, sa vieille guenon pisseuse, se fit alors soigneusement besogner par Tellumon pour actualiser Amodunt & Discordance. Comme disent les Antécritures, ilz avoient la teste sphaerique et ronde comme un ballon, non doulcement comprimée des deux coustez comme est la forme humaine. Et la forme ronde étant la forme compétente par laquelle toutes choses éternelles sont contournées, tout homme produit le singe par lequel son investiture peut être dégriffée.
– Oui, répondit Koko, selon les hasards de sa réaction aux phonèmes de Gerbert, Pape de l’An Mil à l’immémoriale clémence & qui semblait, comme à son habitude, s’en satisfaire.
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