Texte sur Olivia Clavel écrit pour Philosophie Magazine en février 2020.
J’ai rencontré Olivia Clavel quand j’avais 13 ans. Je l’admirais parce qu’elle avait fait partie de Bazooka – peut-être la dernière grande avant-garde à ce jour – et avait dessiné Télé au Royaume des Ombres, un album de bande dessinée qui me rendait fou. A l’époque, je pensais qu’un grand artiste était nécessairement un très grand punk. Depuis, Olivia Clavel a rencontré la peinture. Et sa rencontre avec la peinture est contemporaine de l’accès de son œuvre à une dimension transcendante : les arbres et les étoiles sont de ce monde mais également de l’autre monde – ils sont à mi-chemin entre les mondes. La nature n’est pas seulement immanente à notre réalité, elle est également un « passage vers l’au-delà ». Regarder une toile d’Olivia Clavel, c’est voir la nature comme si elle était aussi rassurante qu’un salon, avec un feu de cheminée, une bibliothèque, des chats qui courent, et c’est regarder un intérieur d’appartement comme une forêt mystérieuse, avec des feuilles qui vibrent comme des flammes, des arbres qui dansent, des fleurs qui sourient, des oiseaux qui parlent comme des âmes. Aujourd’hui, à 44 ans, je pense qu’un grand artiste est nécessairement un très grand voyant. Et je ne connais pas de peinture plus voyante que celle d’Olivia Clavel. Pourquoi ? Parce que, comme Van Gogh et Rimbaud, ses frères en Serpent, Olivia ne travaille pas que pour les hommes. Elle travaille pour les animaux, pour les arbres, pour les dieux : à leur adresse et en leur nom. Et si l’art a une fonction, c’est de nous faire sentir à quel point nous nous trompons quand nous croyons notre monde limité. Le monde n’a pas de limites. La vie n’a pas de fin. Nous devons simplement apprendre à voir.