Partie d'un cycle de poème publié sur le blog Le Livre sans visage entre octobre et novembre 2020. Repris dans Déviations avec Bertrand Mandico, éditions Anima, en 2024.
Je ne reviendrai pas
Je connais trop déjà
L’affreuse combinaison des signes équivoques
Tic toc pam poum et colégram
Bourre bourre le mou de ta pauvre âme
Tic tac pif paf et badaboum
Le manège jusqu’aux tempes avec les mêmes images
Provoquant les mêmes désirs et les mêmes peurs
Je ne reviendrai pas
Je connais bien tout ça
Et comment qu’on y croit
Alors qu’on devrait pas
Et comment qu’on y revient
Et même qu’on sait déjà
Dansez dansez ma petite dame
Dansez dansez ma pauvre âme
O toutes ces folles images de noces militaires
Le bal des pyromanes et la gigue des brûlés
La maitresse du village et ses derviches de foire
Les petits vieux qui se tapent dans un hospice en flammes
Le cortège d’animaux prêts pour l’équarrissage
Avec le petit singe dans sa drôle de machine
Le scarabée bleu magique qui s’écrase sur ton doigt
Et la princesse charmante dans son beau taxi blanc
Ses seins en pointe et ses petites dents pointues
Qui vient te me chercher un jour ou une nuit
Tu entends les violons dans un immeuble au loin
Alors qu’elle te conduit dans la fosse commune
Je ne reviendrai pas
Je connais bien tu sais
Tout ce que les circuits tordus de ma psyché
Provoquent entre mon cœur mon cerveau et mon foie
Mon triste cervelet d’enfant au cerceau spiralé
Mes aspirations et mes vies expirées
Les spirales labyrinthes des relations humaines
Remplies de belles histoires et qui se terminent mal
Si tu veux m’épater tu sais c’est déjà mort
Je ne peux plus rejouer le petit chevalier
Avec son armure percée et sa petite épée en bois
Avec ses grands sourires et ses peluches d’enfants
Et ses encyclopédies remplies de mots rares
Et ses livres de nuit et ses proverbes de jour
Sa voix aiguë son corps de porc et ses peurs
Ses séductions à vitesse d’ange et ses jardins sanglants
Son jeu d’osselets étrange
Son backgammon du pauvre
Sa mauvaise aventure
Je m’en suis bien fadé de mes fausses alertes et de mes grands mots bien vides
Rien que le son de ma voix me fait désormais mal au bide
Ce frisson des reconnaissances
Ce frisson des ambivalences
Et celui des prééminences
Tour ça ressemble à ma vie dans le dernier des mondes
Celui dans lequel je meurs et je ne reviens pas
J’ai tout donné déjà
Et ça va bien comme ça
Alors non vraiment
Je ne reviendrai pas
A ce petit jeu pervers des signes inconsistants
J’ai donné mon passé et j’ai perdu mon temps
Tour ça c’est bien ma vie dans le dernier des mondes
Celui dans lequel je meurs et je ne reviens pas
Alors ça va tu sais n’insiste pas
Ta voix n'est plus pour moi qu'un acouphène
Je ne reviendrai pas