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Des fleurs pour Frankenstein - Théâtre de l'Empire
Paru en 2020

Contexte de parution : Le livre sans visage

Présentation :

Partie d'un cycle de poème publié sur le blog Le Livre sans visage entre octobre et novembre 2020. Repris dans Déviations avec Bertrand Mandico, éditions Anima, en 2024. 






 

 

 

 

Et voilà ce que tu as vu

Et tes yeux ne répondent plus

C’était un spectacle où tu te produisais

Et ce spectacle tu vas maintenant le jouer

 

C’était un spectacle où tu te produisais

Tu arrivais avec ta bonne épée`

Gourou banane d’une apocalypse garrottée

C’était le spectacle de ton amour manqué

T’a-t-on assez dit que tu étais surestimé

C’était le spectacle de ton amour manqué

Le spectacle de toute ta honte bue

Et même ton foie ne répond plus

C’était un spectacle où tu te produisais

Et ce spectacle tu vas maintenant le jouer

 

Tu portais les ballerines de l’indécence

A l’Hôtel Amour de la Dernière Malchance

Tu arrivais avec tes livres d’avant-romance

C’était avec elle faut-il que je te le rappelle

Toi dont l’amour a à chaque fois coupé les ailes

C’était le spectacle de cet amour surfait

Et ce spectacle tu vas maintenant me le payer

 

Tu arrivais avec tes livres d’avant-romance

Et l’hôte de ces lieux était le maître du non-sens

On vous guida vers la chambre des intensités

Et cette chambre était une fosse d’aisance

On vous a costumé dans des motifs arlequins

Des losanges et des fifrelins

On vous a talqué le cul poudré 

Enfin on vous a préparé le dîner

 

Chacun mangea le cœur de l’autre

Et ce désir c’était le vôtre

C’était le cœur de cet amour mal-né

Et cet amour tu devras l’assumer

 

On vous guida vers la chambre des intensités

Et cette chambre était une fosse d’aisance

Dans ses senteurs poivrées au parfum d’ambre 

Vous découvriez la chambre cachée derrière la chambre

Cette chambre était un atroce charnier

C’était le charnier de tous les amours passés

Et ces amours tu vas maintenant les endosser

 

Les murs étaient décorés des vingt-deux arcanes majeurs

Mais celles-ci étaient dessinées sans bonheur

Sur l’arcane sans nom tu reconnais le sphinx égyptien

Et dans le retour de cette nuit tout réapparaît 

Sauf à son emplacement où il n’y a plus rien

C’était la pantomime désastreuse de tes amours derniers

Et cette pantomime tu vas maintenant la jouer

 

Dans une pièce derrière cette pièce il y a une caverne

Dans laquelle une géante à la vulve énorme hiberne

Et là tu comprends enfin que tu es en train de rejouer un drame

Quelqu’un comme toi s’était agenouillé aux pieds de la géante

De quelqu’un d’autre que toi elle avait été l’amante

 

Alors tu commenças à trembler

Parce que ton ventre recommençait à te secouer

Il gonfla, rempli de gaz, et tu eus la diarrhée

Et tes yeux cessèrent de voir à nouveau

Et tes yeux cessèrent de voir comme jamais

Et tu te mis à crier et à pleurer comme un veau :

 

A ce qu’il m’en souvienne, je n’ai jamais aimé ce corps

Lourd et gras même quand je ne mangeais pas

Lourd et laid même quand je n’en avais pas

A ce qu’il m’en souvienne il m’a toujours fait littéralement chier à mort

Et puis cette voix aiguë d’enfant châtré

Je n’ai jamais pu la supporter

J’ai fait semblant j’ai fait avec ce que j’avais 

Mais qu’est-ce que vous croyez

Vous croyez qu’on décide de la façon dont on est incarné

On peut seulement moduler la forme de notre apparition

On peut seulement trouver le rythme de notre chanson

Que faut-il que j’ajuste dans mon âme pour que mon corps advienne

Quelle sorte de mantra chanter pour qu’enfin il se tienne

Je devais voir quelque chose laissez-moi le chercher

J’ai vu le signe mais je n’ai pas su l’interpréter 

Dites-moi ce que je dois faire je le dirai

Dites-moi ce que je dois vivre je le chanterai

Je le vivrai dans le confinement de notre dernière malchance

Je le ferai dans les tourbillons de cet ultime non-sens

Calme-toi mon corps mon ventre mes yeux

Calme-toi je te promets que je vivrais mieux

 

Alors mon ventre se calma et mes yeux répondirent

Désormais mon cochon cette sagesse tu dois l’acquérir

C’est le monde de ta vie dans le dernier de tes corps

Celui dans lequel tu crèveras un jour comme un porc

Alors recommence-moi tout ça

Rejoue encore une fois

C’est un jeu souviens-toi

Le temps est un tric-trac chante-le

Le temps est une spirale suis-la

Le temps est une chanson écris-la

Avec le bon tempo cette fois

 

Et voilà ce que j’ai vu

Et ce que j’ai vu je vais maintenant le jouer