Pacome Thiellement.com

Des fleurs pour Frankenstein - A tes yeux, à ta traîne, à tes chiens
Paru en 2020

Contexte de parution : Le livre sans visage

Présentation :

Partie d'un cycle de poème publié sur le blog Le Livre sans visage entre octobre et novembre 2020. Repris dans Déviations avec Bertrand Mandico, éditions Anima, en 2024. 

 






 

 

 

 

A tes yeux, à ta traîne, à tes chiens

Aux pétales de circonstance écrasées sur le lit à baldaquin

Aux dentelles à effrois ressentis par le petit égyptien

Au cœur du mystère au parfum de tes seins

A l’eau et aux arbres dont je découvrais les visages

Aux passants qui te saluaient sur notre passage

Aux lacets de tes chaussures et de ta gaine

A Londres à Genève et à Göttingen

A leur labyrinthe de pluie de tombes et de papiers pliés

Aux jours malheureux et aigres comme un air de piano préparé

A tes yeux, à ta traîne, à tes chiens

A ce qui était Tout et qui maintenant n’est rien

 

Glissant dans Londres comme dans un jeu de quilles

Des éléphants dans la pièce et dans la porcelaine

Groucho Marx était le portier la pièce était d’Agatha Christie

C’était cette bonne vieille attrape-souris

Une pièce où l’enquêteur et le coupable ne faisaient qu’un

Qui étais-tu et moi qui étais-je dans ce qui a tué qui

A tes yeux, à ta traîne, à tes chiens

A ce qui était Tout et qui maintenant n’est rien

 

Nous avons tout visité à la vitesse du vent

Traversé les rues et les jardins sous le sourcil ombrageux du ciel

Ici l’aiguille de Cléopâtre tu t’es assise sur le sphinx j’ai failli défaillir quinze fois

Ici les rangées égyptiennes du cimetière

Et le souvenir des vampires qui y furent expulsé

Ici la tombe de l’homme et de son chien

A tes yeux, à ta traîne et aux tiens

Aux dentelles à effrois ressentis par le petit égyptien

 

Cherchant la maison où Blake avait choisir de mourir

Nous arrivons dans l’université des maîtres de la terre

Les ennemis qui apparaîtront demain ces saloperies de transhumains

C’était un endroit comme je n’en avais jamais vu

Plus vide encore qu’un village fantôme

Désert absolument et absolument sous contrôle électronique

Les chaudières sont actives ça se voit aux lumières bleues et rouges

Et parfois sans trop se rapprocher on peut apercevoir cette inquiétante voiture qui bouge 

 

Avec toi les signes d’angoisse se multipliaient

Comment faisais-tu mais qu’étaient tous ces prodiges

Dans quel monde m’as-tu plongé

Dans quelle réalité avons-nous habité

Étais-je l’enchanteur noyé sous les encens de Viviane

Barbe-Bleue pendu par les pieds par sa femme et sa sœur Anne

A tes yeux, à ta traîne, à tes chiens

Paix à qui nous fûmes paix à l’âme de nos défunts

 

Cherchant la maison où Blake avait choisir de mourir

Nous patinons comme des éléphants dans le passage au milieu de l’hôtel 

Avec cette chaudière qui fait un boucan d’enfer

Et un filet gigantesque pour attraper les oiseaux qui veulent s’enfuir vers l’île sacré

Et je comprends alors

Que Blake avait voulu mourir là où Wat Tyler avait été tué

Lui le premier des Gilets Jaunes

Lui le dernier des informés

De cette petite coterie de gangsters qu’était le pouvoir sacré

Paix à Richard II cette ordure paix à toutes les reines et tous les rois

A tes yeux, à ta laisse, à tes doigts

 

Paix aux lieux où je ne reviendrai jamais

Paix aux hippocampes de Vevey et à la Bible de Théodore de Baize 

Qui voulait mourir si cette fente était une ligne

Paix à la chambre Amandine

Paix au doigt de Calvin branlant la sienne Bible

Toute cette clique de charlots qui se tiraient la nouille

Ces foutus réformateurs qui déformaient ma vue

Ces salauds qui me cognaient le cul

Paix à tous ces dangereux hurluberlus

L’histoire est un cauchemar dans lequel je ne me rendormirai plus

A tes yeux, à ta traîne, à tes rennes

A Genève toujours en embuscade 

A l’échiquier explosé de son âme

 

Partis en voiture dans les labyrinthes de ta vie

Les mondes que tu t’imaginais et que moi inexplicablement j’acceptais

Dans cette petite voiture pleine de plumes de bouteilles d’eau gazeuse et de barres chocolatées

Et moi qui recommençait à avoir la diarrhée

A Lucerne devant le lion transpercé

Sculpté à même la falaise d’une ancienne carrière de grès

Où Nietzsche demanda pour la deuxième fois la main de Lou Andréa Salomé

A Tribschen où Wagner nous reçut à coups de pieds au cul

C’était la fête à neuneu avec des saucisses des frites et de la variété allemande

Dehors sa grosse tête et dedans la pantoufle à fleurs de son tout petit pied

A Röcken si discret qu’il n’apparaît pas sur les GPS

Avec la maison natale de l’Antéchrist et sa tombe

Collée à l’église où son père prêchait lorsqu’il était enfant

A côté sa sœur de sa mère et de son frère mort lorsqu’il n’avait qu’un an

Et aussi sa fausse tombe avec les quatre statues

Lui deux fois tout nu avec un chapeau pour masquer sa queue

Et avec sa mère comme sur la fameuse photo

Et son fantôme autour qui erre plein de tristesse

Elle m’a dit que tu étais très en colère contre moi depuis janvier

Et que d’ailleurs je n’allais pas tarder à le remarquer

 

Paix à tes yeux ta traîne et nos deux cents hôtels

Paix au Schumanns Garten au bureau composé de valises coupées en deux

Paix aux trois actrices pornos au petit déjeuner

Le vilain petit réalisateur acénique

Leur chambre conçue avec une rare stupidité

Leurs plateforme shoes et les serveurs attardés

 

A Weimar chez sœur Elisabeth

Où elle s’est repliée après l’échec de Nueva Germania

Ca même crétin aryen fallait l’imaginer

A Naumberg chez sa mère et les 28000 habitants

Pleine de petites statuettes de soleils de lunes inquiétantes 

Lui en héros romantique observée par une jeune fille aux grands yeux

Et Elisabeth qui me surprend comme un vampire derrière une porte et me fait hurler

A Bayreuth enfin chez le funeste enchanteur

Banlieue industrielle sinistrée avec les tartelettes au goût de poisson

Les rues délabrées avec les noms des Parsifal de Tannhauser ou de Lohengrin

Au Waldhotel chez Frau Stein et son bras ravagé

Sa minijupe rouge ses cheveux gras sa coccinelle et son chien aveugle

A son tableau de Wagner psychédélique à l’entrée

A son banc violet ses léopards

A son antre de sorcière et à sa brumeuse atmosphère

Paix à l’Allemagne passée présente et à l’avenir

A tes chiens, à tes yeux, à ta traîne 

Et à tout ce que tu as détruit dans ma vie

 

Paix à tout ce qui ne reviendra jamais

Paix à tout ce qui m’appartenait

A mes yeux, à ma chaîne, à mes amours passés

Paix à mon amour pré-adamique qui ne reviendra pas

Paix à mon sickamour qui ne me reparlera pas

Paix à mon amour-vertige qui est toi et dans lequel je ne rechuterai pas

Paix à mes sœurs mes amies mes mères

Pour qui je ne serai jamais assez coupable

Et paix aux puissances désordonnées de ce monde malade

 

A tes yeux, à ta traîne, à tes chiens

A tes yeux, à ta traîne, à tes chiens

A tes yeux, à ta traîne, à tes chiens

Jamais je ne t’oublierai

Jamais je ne reviendrai