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Entretien sur L'Empire n'a jamais pris fin avec Clutch
Paru en 2026

Contexte de parution : Clutch

Entretien réalisé par Baptiste Ostré pour le magazine toulousain Clutch à l'occasion de la proijection d'un épisode de L'Empire n'a jamais pris fin au Fifigrot (Festival International du Film Grolandais de Touloiuse). 

Après trois saisons intensives, comment te sens-tu à l'approche de l'ultime épisode ? 
J'ai l'impression d'avoir vécu un long voyage de 2000 ans dans le temps et de revenir au port du présent ! C'est à la fois une très grande fatigue, une très grande joie et de la tristesse, parce qu'on abandonne un rendez-vous avec les gens. C'était se retrouver tous les mois à Blast, dans le studio avec la même équipe qui a été présente du premier au dernier épisode. Il n'y a jamais eu autant de personnes qui aient travaillé avec moi, ça a été un changement total dans ma vie. C'est très profond ce qu'on a vécu là. 

L'Empire n'a jamais pris fin est souvent présenté comme une « contre-histoire » nationale. Pour ma part, j'y vois même un regard anarchiste. J'ai bon ? 
Oui, c'est juste ! Cependant, cela dépend des anarchistes. Si on parle de Louise Michel, d'Elisée Reclus ou de Kropotkine, bien sûr. D'un autre côté, je préfère Marx à Proudhon. J'ai une sensibilité anarchiste, c'est certain mais je ne me définis pas comme « strictement » anarchiste. C'est pour ça que je préfère le terme de « Sans Roi », qui peut englober gnostique et anarchiste à la fois. Ce n'est pas forcément « sans Dieu » (encore que cela dépend du Dieu dont on parle) mais c'est surtout « sans maître ». 

La trame de l'émission est basée sur une intuition de l'écrivain Philip K. Dick, selon laquelle l'Empire romain n'a pas chuté mais a muté...
J'ai tout piqué à Dick, son titre mais aussi son intuition. Dans la vision de Dick, l'Empire romain n'a effectivement jamais été destitué, il a pris d'autres formes pour se perpétuer dans le temps. C'est un auteur qui m'a toujours beaucoup influencé, et qui a aussi formulé cette idée : il est difficile de trouver une conception du monde qui ne s'effondre pas en 48 heures. A partir de là, on prend un système et on observe jusqu'où ce système échoue à embrasser le réel. C'est une lecture de pas-de-côté, une manière de refuser le dogmatisme tout en restant dans le factuel – d'où l'apport d'historiens qui ont veillé à ne pas laisser passer d'erreurs de dates par exemple. Mais le factuel n'est que la matière, ce n'est pas la fin. La fin, c'est de pouvoir se réapproprier l'Histoire. C'est aussi l'influence de Cavanna qui avait une manière complètement irrespectueuse d'aborder l'Histoire.

Mais peut-on lutter contre le roman national sans en fabriquer un autre au passage ? 
C'est précisément pour cette raison que je précise dès le début : « Je suis Pacôme Thiellement, je suis pas historien, je suis exégète ». C'est une Histoire de France subjective et c'est assumé comme subjectif. Si vous n'aimez pas mon Histoire de France, écrivez la votre !

Avec tout ça, l'Empire prendra-t-il fin ?
La série, oui, elle a un dernier épisode : « Macron, explosion ! » (rires). L'Empire en tant que réalité, ça dépend, est-ce qu'on est capable de faire l'An 01 ? Ce n'est pas de mon ressort. Je ne crois pas à l'obtention d'un état final dans le temps, parce que le temps engendre le conflit et le reproduit. Mais au sein de cette « prison de fer », on peut créer des utopies. L'Empire ne prendra peut-être jamais fin, mais les Sans Roi non plus, la rébellion non plus. Les Cathares n'ont jamais pris fin, la Commune n'a jamais pris fin... Si l'Empire s'arrête, ce ne sera pas de mon fait. Mais c'est mon vœu !