C’est dans le métro qu’on a commencé à se rendre compte du phénomène. Une fois, deux fois, trois fois, pas la même semaine, mais à des occurrences suffisamment rapprochées pour qu’on se dise «il se passe un truc» : la tête de Pacôme – sur le téléphone de la voisine ou du voisin dans la rame, tous jeunes de surcroît, à chaque fois. Pacôme, alias Pacôme Thiellement, qu’on se permet d’appeler par son prénom pour avoir lu à leur sortie chacun de ses livres depuis le tout premier, (Poppermost. Considérations sur la mort de Paul McCartney) ; et parce qu’on se sent si proche de la folie interprétative de ses textes innombrables, disséminés dans une trentaine de livres depuis 2002, sur la musique, le cinéma, la littérature, les séries, les gnostiques, les platoniciens de Perse, la bande dessinée…
«Tous ceux qui lisent et aiment Nerval savent qu’ils partagent un peu de sa folie», écrit-il dans le Secret de la société (2024), et l’auteur de ces lignes aimerait faire sienne la formule pour dire tout ce qu’il doit (il n’est pas le seul) à Pacôme Thiellement. Même lui pourtant a des raisons de s’étonner de voir sa bouille d’essayiste popper sur les écrans de quidams aux heures de pointe, dans son beau costume d’anchorman, tels un Lena Situations, Usul ou Salomé Saqué.
D’autant que ça se vérifie dans les chiffres astronomiques de visionnages sur le compte YouTube du média Blast qui produit L’Empire n’a jamais pris fin, après avoir accompagné les séries Infernet en 2021 et la Fin du film en 2024 : Thiellement a la cote. Et semble s’être trouvé un nouveau public élargissant l’ancien auprès de l’auditoire mobilisé derrière les mags de gauche les plus actifs sur la télé en ligne (Blast, mais aussi l’Huma, Paroles d’honneur…). Alors à l’heure où L’Empire… se termine, sur YouTube où certains épisodes tutoient le million de vues, et en librairie (le troisième volume de la version livre, pavé de près de 600 pages vient de sortir), on est allé le trouver chez lui à Paris, pour reprendre une discussion débutée il y a des lustres…
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