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Chronique de Long Live Père Ubu !
Paru en 2009

Contexte de parution : Rock&Folk

Sujet principal : Pere Ubu
Cité(s) également : plusAlfred Jarry, Crispin Glover, E.T.A. Hoffmann, Edgar Allan Poe, menu_mondes.pngJean-Christophe Menumenu_mondes.png, Laurel & Hardy, Lou Reed, menu_mondes.pngResidentsmenu_mondes.png




Après avoir été successivement babylonien, égyptien, perse, grec, juif, romain, arabe et allemand, Dieu aura donc été yankee entre 1945 et 2001. Il est encore trop tôt pour deviner sa future langue, mais, pendant le temps de sa vacance, tel le Chat de Chester, il nous a laissé son sourire. Ce sourire, c’est le Père Ubu. Ubu is an american ! C’est un géant de Cleveland, sensible et effrayant, accentuant l’immaturité violente du surf dans des comptines déstructurées pour le hisser à un niveau mythique quasi-grec, s’éparpillant dans des combats rythmés par des effets sonores de science-fiction. C’est un titan d’extrême fragilité rempli de plus l’alcool qu’il n’y a d’eau dans l’Océan Pacifique et que seules quelques passes magiques de theremin peuvent réveiller – comme le dessine J.C. Menu dans Lockegroove Comix n°1. Le mixte de geste potachique et de poésie symboliste opéré par Jarry va comme un gant au plus expressionniste des rockers « avant-garagistes », celui qui estime avoir inventé le rock moderne en 1975 sans que personne ne s’en soit rendu compte. Après le Poe de Lou Reed (« The Raven ») et le Hoffmann des Residents (« The Voice of Midnight »), David Thomas n’a pas du tout raté sa Résurrection d’Alfred Jarry (quel rocker nous gratifiera d’un Schreber ?). Cette adaptation d’« Ubu Roi » réécrite sur dix-huit mois et jouée au Queen Elizabeth Hall en avril 2008, est également un Miroir tendu depuis l’Angleterre à la grande poétique américaine des quarante dernières années. C’est cette tradition invisible, qui va de Laurel et Hardy à Crispin Glover, et dont Pere Ubu porte le xvarnah des individus qualifiés : une pataphysique synthétique, une mélancolie de foire aux monstres, un humour grave ; enfin un lyrisme innocent et cruel dans lequel on doit reconnaître notre enfance assassinée et toujours à réinventer. L’enfance est une arme.